Dimanche 20 novembre 2005
Acheter une BM en Allemagne ?
 
 
Avant de commencer un café racer il faut évidemment que vous ayez la moto de base, à priori un beau flat BM vintage à deux soupapes. Vous êtes un internaute averti et en surfant vous vous êtes rendu compte qu’il ne serait peut-être pas idiot d’aller chercher l’objet de vos rêves dans le pays ou elle a vu le jour : l’Allemagne.
Seulement voilà, si les kilomètres ne vous rebutent pas, les affres de l’administration française ne vous attirent pas spécialement. Si en plus vous ne parlez pas un mot d’allemand l’entreprise peut paraître difficile.
Impossible n’est pas français et voici quelques petits tuyaux pour vous aider dans ce projet.
 
Avant de rentrer dans les détails administratifs il faut bien entendu trouver la moto et se faire une idée de son état. Cela n’est déjà pas toujours facile en France et ça se complique lorsque vous rajoutez les kilomètres et la barrière de la langue. Les occasions ne sont pas forcément toujours moins cher mais pour le même prix vous avez de bonnes chances de dégoter une machine en bien meilleur état que chez nous. Le TÜV (contrôle technique) local n’y est pas étranger car il oblige les possesseurs de moto à assurer un minimum d’entretien.
De plus les allemands accordent beaucoup d’importance à l’aspect extérieur de leur véhicule ce qui fait que nos chers boxers supportent mieux le poids des ans. De nombreux sites germaniques proposent des occasions motos mais je n’en ai retenu que deux pour y avoir vu les annonces les plus intéressantes : www.mobile.de et www.ebay.fr .
 
Le premier a la bonne idée de proposer une version en français, attention cependant à sélectionner les annonces allemandes. Sur la page d’accueil du second vous avez accès au site ebay allemand. Si vous avez des problèmes de traduction, ce petit traducteur www.babelfish.altavista.com vous permettra de dégrossir les offres. Si vous souhaitez aller plus avant dans la démarche il serait tout de même plus prudent de vous faire aider d’un pote motard germanophone.  Nos amis de Clermont-Ferrand www.michelin.fr vous aideront également à situer géographiquement la belle afin de prévoir votre budget essence …
 
Dès que vous aurez repéré plusieurs occaz, 3 possibilités :
 
1 – vous faites confiance au vendeur et vous achetez sur photos. Méfiance car les photos arrangent bien les motos et gomment pas mal de défauts sans compter que vous ne pouvez pas essayer la photo ! De toutes façons il faudra bien aller la chercher et si l’affaire est mauvaise vous repartez sans la moto et avec votre argent (moins l’essence …)
 
2 – Vous localisez plusieurs motos dans un périmètre restreint et vous les faites dans la journée, vous réservant ainsi le choix de la plus intéressante.
 
3 – Vous avez un pote de confiance qui habite à proximité et vous l’envoyez en éclaireur. De loin la meilleure solution mais la moins facile à mettre en œuvre sauf si vous avez un carnet d’adresses bien rempli.
 
Une fois ciblé la moto de vos rêves, ne perdez pas de vue qu’il va falloir la payer ! Le plus simple pour ce type de transaction restant les espèces sonnantes et trébuchantes vous allez vous retrouvez avec quelques gros billets dans la boite à gants, là encore partir à deux c’est mieux …. Pensez à avertir la banque avant de vider votre compte, les fonds de caisses sont réduits à peau de chagrin.
 
Ca y est, votre compte est vide et le garage plein de votre nouvelle acquisition ancienne, il ne vous reste plus qu’à immatriculer votre trouvaille.  Pour ce faire il y a plusieurs cas de figure :
 
1 – La moto n’a pas été radiée du fichier allemand (en gros elle a encore sa plaque d’immatriculation), vous devrez présenter :
 
-         Le fahrzeugbrief, c’est la carte grise allemande de la moto barrée avec la mention « vendue le » + le date et la signature du vendeur,
-         L’attestation d’enlèvement des sceaux délivrée par un consulat d’Allemagne en France. Les plaques allemandes comportent un macaron avec le sceau de l’autorité régionale qui a délivré l’immatriculation. Ce macaron doit être retiré avant l’immatriculation dans un autre pays.
 
2 – La moto a été radiée du fichier allemand avant l’entrée du véhicule en France (elle n’a plus sa plaque d’immatriculation) :
a) cas général :
 
-         Le fahrzeugbrief, c’est la carte grise allemande de la moto barrée avec la mention « vendue le » + le date et la signature du vendeur,
-         L’abmeldebescheinigung, a vos souhaits ! C’est tout bêtement le certificat de radiation.
 
L’attestation d’enlèvement des sceaux n’est pas nécessaire.
 
b) cas ou un certificat international a été délivré :
 
-          Le fahrzeugbrief, c’est la carte grise allemande de la moto barrée avec la mention « vendue le » + le date et la signature du vendeur,
-         L’internationaler zulassungsschein (certificat international).
 
Certains services allemands conservent le fahrzeugbrief lorsqu’ils délivrent le certificat international. On peut donc procéder à l’immatriculation uniquement avec le certificat international (cf.art. 10C de l’arrêté du 5 nov.1984 si on vous embête !). L’ abmeldebescheinigung et l’attestation d’enlèvement des sceaux ne sont alors pas nécessaires car les véhicules sont munis de plaques d’export qui ne comportent pas de sceaux officiels.
 
Dans tous les cas vous devrez également présenter l’ ADAC-Kaufvertrag für den privaten Verkauf eines gebrauchten Kraftfahrzeuges plus communément appelé certificat de vente ! Il vous faudra remplir le document français Cerfa n°10672*03 de demande d’immatriculation disponible dans toutes les préfectures (facile …)
 
Si vous avez d’autres documents c’est bien, si vous n’avez pas ceux mentionnés ci-dessus suivant votre cas vous pouvez retourner les chercher ! Vous n’êtes cependant pas encore au bout de vos peines.
 
Grâce à l’ Europe vous avez le choix avec le service des mines, soit vous leur présentez votre moto physiquement pour une réception à titre isolé, soit vous demandez à BMW France une attestation d’identification à un type national où communautaire destinée à un véhicule importé.
La première solution peut poser problème si la moto n’est plus d’origine où incomplète et ne présente pas tous les accessoires de sécurité que l’on s’empresse de retirer sur un café racer : clignotants, compteur de vitesse, rétroviseurs. Contacter BMW est donc plus simple mais il vous en coûtera tout de même 130 euro. Il vous faudra relever tous les numéros de séries de la moto : cadre, moteur, plaque du constructeur etc.…
A noter que si vous faites la même opération pour une machine venant d’un pays ou l’on circule à gauche vous devrez également fournir à BMW un certificat prouvant la présence d’un feu avant pour la circulation à droite et d’un compteur en km/h !
Il faut d’abord téléphoner au service homologation au 0 825 000 269 qui vous fera parvenir le dossier à retourner complété avec votre chèque à :
 
BMW Group France
Service homologation
BP86
67016 Strasbourg cedex
 
A partir de là il ne faut pas être trop pressé car il se passera facilement 2 à 3 semaines avant que vous receviez le précieux document.  Cela vous laissera le temps d’aller au service des quitus fiscaux de votre hotel des impôts préféré afin de vous faire remettre un certificat d’acquisition d’un véhicule terrestre à moteur en provenance de la communauté européenne par une personne non identifiée à la TVA, ouf ! Souriez car ce document est gratuit et vous sera remis sur simple présentation du certificat de vente de la moto et d’une pièce d’identité. Attention cependant car vous avez 15 jours à compter de la date de ce certificat pour aller vous faire immatriculer en préfecture.
 
Puis vient ce jour béni des Dieux ou vous avez en main votre ticket numéroté de passage au guichet des cartes grises de votre préfecture préférée. Préparez votre dossier à l’avance afin de mettre de bonne humeur le représentant de l’Etat français qui vous toise bizarrement pendant que vous sortez tous vos papiers au noms à coucher dehors « qu’on n’y comprends rien à qu’est ce qui ya d’écrit dessus » ! (vécu). Prenez également avec vous tous les autres documents qui sont en votre possession, on ne sait jamais …
Si tout est OK il  ne vous reste plus qu’à vous délester de 52 euro pour une moto de 9 CV et de plus de 10 ans.
 
Pour conclure je dirais qu’acheter une moto en Allemagne est tentant mais qu’il faut tenir compte de plusieurs paramètres. Au prix d’achat de la moto, il convient de rajouter les « frais d’importation » soit 130 euro chez BMW plus le prix du déplacement pour aller la chercher soit facilement 150 euro pour 1400 Km et une nuit au Formule 1 habituel !
 La justification de telles démarches ne se trouve que dans la passion qui vous anime au travers de la petite annonce qui va vous empêcher de fermer l’œil de la nuit !
 
 
 
 
Samedi 12 novembre 2005
Retour de Stromstad
 
 
3h30, le réveil sonne et il fait encore bien nuit. Il y a beaucoup d’éclairs et la pluie ne se calme pas. Il a fait beau durant tout notre séjour sauf aujourd’hui pour le départ : nous étions prévenus, la Suède n’est pas appréciée pour sa météo.
200 Km nous séparent de Goteborg ou je dois déposer axelle à l’aéroport, moi je continuerais avec la moto jusqu’à Beauvais. Heureusement nous avons tout préparé hier et il ne nous reste qu’à fermer les valises et arrimer les sacs sur ma BMW R1150R qui nous attend dans le garage. Contact, nous voila partis pour 3h de cauchemar.
 
Dès la sortie de Stromstad le décor est planté. Des rafales de vent nous déstabilisent malgré notre lourd chargement, les éclairs ne cessent de claquer, illuminant comme un stroboscope les bas-côtés de la route au travers des nappes de brouillard discontinues mais cependant épaisses. Pour compléter le tableau, nous ne croisons que des camions remorques interminables qui nous bousculent sur leurs passages.
 
J’ai pas mal de kilomètres à mon actif mais je dois avouer que je n’en mène pas large. Que dire d’axelle que d’ordinaire une simple ondée dissuade de monter à moto ? Nous ne pouvons pourtant plus reculer, son avion ne nous attendra pas. La nuit est noire entre les flashs et la campagne autour de nous semble bien inhospitalière, je n’ose imaginer une quelconque panne ici …
Plusieurs fois je pense à faire une pause mais il n’y a pas de station et axelle ne se manifeste  pas, je préfère continuer. Je ne passe que très rarement la cinquième et encore moins la sixième, trop dangereux. Le brouillard s’épaissit et par moment je ne sais plus si je suis encore sur la route. Nuit d’apocalypse …
Cerise sur le gâteau, nous traversons une zone de travaux mal signalés ou les mauvais raccords succèdent aux portions sans marquage au sol. A force de me concentrer sur la route un mal de tête monte et les yeux me piquent, je me félicite encore d’avoir installé cet écran anti-buée, pas de problèmes de ce côté-là.
 
Le bruit des gouttes qui fouettent mon casque ressemble à celui qui a accompagné mon insomnie de cette nuit à ceci près que j’étais bien au chaud sous la couette à écouter la vieille demeure de bois craquer sous les assauts des éléments déchaînés.
Conduire au milieu de cette tempête n’est pas chose facile mais mon amour propre de motard en aurais pris un coup si j’avais cédé à l’envie de reporter le départ.
Peut-être aurais-je du ? Un aquaplaning me tire de mes pensées, de véritables petites rivières traversent la route par endroit. J’évite plusieurs fois le talus peu engageant et me voit contraint de ralentir encore l’allure. Le froid et l’humidité ont engourdit mes doigts malgré les poignées chauffantes. Un freinage bien appuyé pour éviter de sortir de la route dans un virage que je n’avais pas vu me fait remercier monsieur BMW d’avoir équipé ses motos de l’ABS. Louable invention.
 
J’ai l’impression de rouler depuis des heures alors qu’un bref coup d’œil à la montre du tableau de bord et au compteur me prouve le contraire. Pas le droit de faire d’arrêt si nous voulons être à l’heure à l’aéroport. J’essaie de suivre un camion pour éviter de sortir de la route en me calant sur ses feux arrières. Malheureusement il dispose d’un éclairage impressionnant lui autorisant une vitesse trop élevée pour moi (sic !). J’ai la sensation de participer à un test de combinaisons de pluies dans une douche réfrigérée tant ses roues et son sillage créent de véritables ouragans.
Je me résigne et reprends mon allure, tantôt tortue, tantôt sous-marin … Ma passagère est calme et je sais qu’elle me soutient par la pensée, petit réconfort d’un instant.
 
Le soleil se profile timidement à l’horizon et avec lui tout semble s’arranger. La pluie cesse, le ciel et la route s’éclairent, le brouillard se fait moins dense. Nous sommes sur une 2*2 voies bien balisée et j’en profite pour forcer la cadence. A l’approche de Goteborg je scrute les panneaux car il y a deux aéroports et vu la justesse de notre timing il n’est pas certain que nous arrivions à l’heure si je me trompe de direction.
Heureusement ce n’est pas le cas et comme la route est maintenant bien sèche, je double allègrement pour rattraper un peu notre retard. Nous arrivons finalement dans les temps à l’enregistrement et j’ai presque envie de prendre cet avion avec axelle (presque !). Elle sera à Beauvais dans deux heures alors qu’il me reste 1400 kilomètres à parcourir et une traversée en bateau.
Direction le port d’embarquement où la chance me sourit, un bateau rapide part dans trente minutes et va me faire économiser une heure trente sur la traversée. La sympathique guichetière me trouve une petite place dans ce ferry bondée. Je profite du voyage pour dormir un peu, la mer est très calme et le ciel se dégage.
 
Il est 9h30, je débarque à Frederikshavn (DK) le ciel est bleu et j’ai un moral d’acier en pensant à tous ces kilomètres qui n’attendent que moi. Je vais adopter le même rythme pour toute la journée soit deux cents kilomètres pour quinze minutes de pause. Je traverse le Danemark sans encombre si ce n’est une fermeture de l’autoroute sur une dizaine de kilomètres pour une raison inconnue, mon danois étant très limité ! Cela m’oblige à emprunter une déviation faite de très mauvaises routes qui portent un sale coup à ma moyenne.
 
Voici l’Allemagne, je traverse Hambourg en remontant les files de voitures ce qui a l’air de surprendre. Les motards locaux que je croise sont en effet nettement plus disciplinés. Peu après je m’arrête presque une heure pour manger un morceau. Il fait franchement beau et les sandwichs sont mérités.
Je reprends mon rythme à 130/140 Km/h avec des pointes jusqu’à 170/180 lorsque la vitesse n’est pas limitée (vive l’Allemagne). Je constate d’ailleurs que les Suédois qui roulent si doucement chez eux profitent des autoroutes allemandes pour décrasser franchement leurs moteurs. A 140 Km/h ici je ne double que les poids lourds.
 
L’après-midi s’écoule sans soucis et j’ai la sensation d’être arrivé lorsqu’à 21h je coupe le contact en périphérie de Liège (B) sur l’aire d’autoroute de Barchon que je connais bien. Mes derniers sandwichs sont avalés en compagnie de routiers français en coupure, ils ne me croient qu’à moitié quand je leurs explique que je suis parti de Suède le matin même. Mon corps lui en est convaincu et la fatigue commence à se faire sentir, j’ai mal au c.. malgré le confort reconnu de ma moto !
Je connais quasiment par cœur les 400 derniers kilomètres qu’il me reste à parcourir et je tire donc un trait sur mon projet de dormir à l’hotel ce soir. Cette nuit de septembre s’annonce des plus chaudes. Contact.
 
Le revêtement a été changé depuis mon dernier passage et c’est une bonne chose car les autoroutes belges ne sont pas réputées pour leurs qualités de roulage, ornières, trous et raccords de béton approximatifs sont fréquents. En contrepartie elles sont gratuites et presque toutes éclairées. Je solde mon périple sans difficultés si ce n’est une douche en règle sous un système d’arrosage agricole mal réglé. Cela a au moins le mérite de me réveiller un peu et de nettoyer les moustiques incrustés sur le cuir et le casque !
Il est 1h30, je gare la moto après cette étape de 21h30 pour plus de 1600 kilomètres, je suis lessivé mais heureux après cette overdose de route !
Je rejoins axelle au lit, elle dort déjà depuis longtemps et manifeste une grande surprise à me voir déjà arrivé :
-         « Tu ne devais rentrer que demain ! »
-         « Je n’envisageais pas de me passer de toi aussi longtemps … »  

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