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12 novembre 2005 6 12 /11 /novembre /2005 00:00
Retour de Stromstad
 
 
3h30, le réveil sonne et il fait encore bien nuit. Il y a beaucoup d’éclairs et la pluie ne se calme pas. Il a fait beau durant tout notre séjour sauf aujourd’hui pour le départ : nous étions prévenus, la Suède n’est pas appréciée pour sa météo.
200 Km nous séparent de Goteborg ou je dois déposer axelle à l’aéroport, moi je continuerais avec la moto jusqu’à Beauvais. Heureusement nous avons tout préparé hier et il ne nous reste qu’à fermer les valises et arrimer les sacs sur ma BMW R1150R qui nous attend dans le garage. Contact, nous voila partis pour 3h de cauchemar.
 
Dès la sortie de Stromstad le décor est planté. Des rafales de vent nous déstabilisent malgré notre lourd chargement, les éclairs ne cessent de claquer, illuminant comme un stroboscope les bas-côtés de la route au travers des nappes de brouillard discontinues mais cependant épaisses. Pour compléter le tableau, nous ne croisons que des camions remorques interminables qui nous bousculent sur leurs passages.
 
J’ai pas mal de kilomètres à mon actif mais je dois avouer que je n’en mène pas large. Que dire d’axelle que d’ordinaire une simple ondée dissuade de monter à moto ? Nous ne pouvons pourtant plus reculer, son avion ne nous attendra pas. La nuit est noire entre les flashs et la campagne autour de nous semble bien inhospitalière, je n’ose imaginer une quelconque panne ici …
Plusieurs fois je pense à faire une pause mais il n’y a pas de station et axelle ne se manifeste  pas, je préfère continuer. Je ne passe que très rarement la cinquième et encore moins la sixième, trop dangereux. Le brouillard s’épaissit et par moment je ne sais plus si je suis encore sur la route. Nuit d’apocalypse …
Cerise sur le gâteau, nous traversons une zone de travaux mal signalés ou les mauvais raccords succèdent aux portions sans marquage au sol. A force de me concentrer sur la route un mal de tête monte et les yeux me piquent, je me félicite encore d’avoir installé cet écran anti-buée, pas de problèmes de ce côté-là.
 
Le bruit des gouttes qui fouettent mon casque ressemble à celui qui a accompagné mon insomnie de cette nuit à ceci près que j’étais bien au chaud sous la couette à écouter la vieille demeure de bois craquer sous les assauts des éléments déchaînés.
Conduire au milieu de cette tempête n’est pas chose facile mais mon amour propre de motard en aurais pris un coup si j’avais cédé à l’envie de reporter le départ.
Peut-être aurais-je du ? Un aquaplaning me tire de mes pensées, de véritables petites rivières traversent la route par endroit. J’évite plusieurs fois le talus peu engageant et me voit contraint de ralentir encore l’allure. Le froid et l’humidité ont engourdit mes doigts malgré les poignées chauffantes. Un freinage bien appuyé pour éviter de sortir de la route dans un virage que je n’avais pas vu me fait remercier monsieur BMW d’avoir équipé ses motos de l’ABS. Louable invention.
 
J’ai l’impression de rouler depuis des heures alors qu’un bref coup d’œil à la montre du tableau de bord et au compteur me prouve le contraire. Pas le droit de faire d’arrêt si nous voulons être à l’heure à l’aéroport. J’essaie de suivre un camion pour éviter de sortir de la route en me calant sur ses feux arrières. Malheureusement il dispose d’un éclairage impressionnant lui autorisant une vitesse trop élevée pour moi (sic !). J’ai la sensation de participer à un test de combinaisons de pluies dans une douche réfrigérée tant ses roues et son sillage créent de véritables ouragans.
Je me résigne et reprends mon allure, tantôt tortue, tantôt sous-marin … Ma passagère est calme et je sais qu’elle me soutient par la pensée, petit réconfort d’un instant.
 
Le soleil se profile timidement à l’horizon et avec lui tout semble s’arranger. La pluie cesse, le ciel et la route s’éclairent, le brouillard se fait moins dense. Nous sommes sur une 2*2 voies bien balisée et j’en profite pour forcer la cadence. A l’approche de Goteborg je scrute les panneaux car il y a deux aéroports et vu la justesse de notre timing il n’est pas certain que nous arrivions à l’heure si je me trompe de direction.
Heureusement ce n’est pas le cas et comme la route est maintenant bien sèche, je double allègrement pour rattraper un peu notre retard. Nous arrivons finalement dans les temps à l’enregistrement et j’ai presque envie de prendre cet avion avec axelle (presque !). Elle sera à Beauvais dans deux heures alors qu’il me reste 1400 kilomètres à parcourir et une traversée en bateau.
Direction le port d’embarquement où la chance me sourit, un bateau rapide part dans trente minutes et va me faire économiser une heure trente sur la traversée. La sympathique guichetière me trouve une petite place dans ce ferry bondée. Je profite du voyage pour dormir un peu, la mer est très calme et le ciel se dégage.
 
Il est 9h30, je débarque à Frederikshavn (DK) le ciel est bleu et j’ai un moral d’acier en pensant à tous ces kilomètres qui n’attendent que moi. Je vais adopter le même rythme pour toute la journée soit deux cents kilomètres pour quinze minutes de pause. Je traverse le Danemark sans encombre si ce n’est une fermeture de l’autoroute sur une dizaine de kilomètres pour une raison inconnue, mon danois étant très limité ! Cela m’oblige à emprunter une déviation faite de très mauvaises routes qui portent un sale coup à ma moyenne.
 
Voici l’Allemagne, je traverse Hambourg en remontant les files de voitures ce qui a l’air de surprendre. Les motards locaux que je croise sont en effet nettement plus disciplinés. Peu après je m’arrête presque une heure pour manger un morceau. Il fait franchement beau et les sandwichs sont mérités.
Je reprends mon rythme à 130/140 Km/h avec des pointes jusqu’à 170/180 lorsque la vitesse n’est pas limitée (vive l’Allemagne). Je constate d’ailleurs que les Suédois qui roulent si doucement chez eux profitent des autoroutes allemandes pour décrasser franchement leurs moteurs. A 140 Km/h ici je ne double que les poids lourds.
 
L’après-midi s’écoule sans soucis et j’ai la sensation d’être arrivé lorsqu’à 21h je coupe le contact en périphérie de Liège (B) sur l’aire d’autoroute de Barchon que je connais bien. Mes derniers sandwichs sont avalés en compagnie de routiers français en coupure, ils ne me croient qu’à moitié quand je leurs explique que je suis parti de Suède le matin même. Mon corps lui en est convaincu et la fatigue commence à se faire sentir, j’ai mal au c.. malgré le confort reconnu de ma moto !
Je connais quasiment par cœur les 400 derniers kilomètres qu’il me reste à parcourir et je tire donc un trait sur mon projet de dormir à l’hotel ce soir. Cette nuit de septembre s’annonce des plus chaudes. Contact.
 
Le revêtement a été changé depuis mon dernier passage et c’est une bonne chose car les autoroutes belges ne sont pas réputées pour leurs qualités de roulage, ornières, trous et raccords de béton approximatifs sont fréquents. En contrepartie elles sont gratuites et presque toutes éclairées. Je solde mon périple sans difficultés si ce n’est une douche en règle sous un système d’arrosage agricole mal réglé. Cela a au moins le mérite de me réveiller un peu et de nettoyer les moustiques incrustés sur le cuir et le casque !
Il est 1h30, je gare la moto après cette étape de 21h30 pour plus de 1600 kilomètres, je suis lessivé mais heureux après cette overdose de route !
Je rejoins axelle au lit, elle dort déjà depuis longtemps et manifeste une grande surprise à me voir déjà arrivé :
-         « Tu ne devais rentrer que demain ! »
-         « Je n’envisageais pas de me passer de toi aussi longtemps … »  
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